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irréalisation de la culture



Salut,

bituur esztreym wrote:
cet article de Boynton n'est pas mal :

Righting Copyright: Fair Use and Digital Environmentalism
http://www.bookforum.com/boynton.html

En effet, et il me suggère quelques réflexions que j'aimerais
partager, et mieux encore, voir critiquer.
Derrière tous ces enjeux d'appropriation ou de libre accès à la
culture et au savoir, me semblent s'en dessiner d'autres plus
fondamentaux: la partition entre deux formes de culture.
On a d'un côté un marché de la culture, par nature privatisable, mais
inutile, incolore, inodore, et de l'autre, une culture, la culture,
substantielle, utilisable, appropriable, applicable, etc. (L'une est
généralement accompagnée par "loisir", l'autre par "savoir".)
Le marché de la culture finit pas s'identifier à une culture du
marché, une culture marchande, dont la valeur d'usage se réduit à
faire circuler et reproduire de la valeur d'échange. On cotera, par
exemple, l'artiste sur ses ventes, voire la vente de produits
dérivés, et même une découverte scientifique selon ce que vaut son
brevet.
Evidemment, le rapport entre cette culture et les droits qui la
gèrent ne sont plus qu'historiques.

On en conclura parfois que cette néo-culture, cette anti-culture,
s'attaque à la culture traditionnelle. Sur le fond, c'est faux. Si la
culture se divise en deux, ça ne parait pas être sous la forme d'une
nouvelle et d'une ancienne, mais de deux nouvelles.
A ce compte, la culture n'a jamais été si unitaire, et l'on a pu y
discerner par exemple une culture populaire et une culture d'élite.
Elles ont toutes les deux disparues, du moins sous la forme d'une
culture FAITE PAR le peuple, et une autre PAR des élites, et n'existe
plus qu'une culture POUR des couches différentes (ou l'autre, faite
PAR).

En surface ces deux cultures ne se distinguent pas d'une façon si
évidente, et cela, moins parce qu'elles cohabitent que parce qu'elles
se battent au corps-à-corps. En fait, elles s'entre-dévorent.

Quelle place laisse le marché à l'auteur, l'artiste, le chercheur?
Soit d'entrer dans ses "écuries" soit d'être un amateur, et, s'il y
tient, après son job, de se livrer à son propre travail comme à une
"passion" personnelle.
Après tout, c'est logique. Les hackers ne vont pas demander des
subventions à M$ pour programmer Ooo. Le marché aimerait bien
pourtant que ces "hobbys" restent dans leur sphère de la consommation
privée, voire collective et ludique, et ne fassent pas retour dans le
marché sous forme de trous. C'est pourtant logique aussi: si l'on est
hors du marché et qu'on existe, c'est qu'on est pour lui au moins une
"perte de marché".
La guerre est donc inévitable, même si, prenant la lunette par
l'autre bout, on ne perçoit pas bien qui la veut, ni contre qui. Rien
d'étonnant à cela, puisque dans les deux camps, chacun cherche à
utiliser l'autre et y est même contraint.

 moi je voudrais bien être compromis, mais personne ne veut
 me compromettre.
 alors tant pis, je suis un artiste libre.
Disait ironiquement Glansco.

La guerre fait de part et d'autre des dégâts considérables, même si
bien peu savent exactement le rôle qu'ils y jouent, et laisse malgré
cela (à moins que ce ne soit à cause de cela) assez peu de terrain de
négociation.
On ne s'étonnera pas que le marché ne soit pas prêt à se laisser
grignoter sans rien faire, d'autant qu'il n'a pas face de lui un
adversaire vraiment conscient des enjeux et de ses propres forces. Il
ne peut pourtant pas faire grand chose, tant il est moins menacé par
ses ennemis que par sa propre tendance à exclure toute réalité
vivante, et à s'irréaliser lui-même.

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Jean-Pierre Depétris
<http://jdepetris.free.fr>