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Re: Erreur d'aiguillage encore




Rico da Halvarez et moi-même se sont mutuellement renvenvoyés:

 >>>  Tout ce qui pouvait être insinué l'a
 >>>  déjà été à partir 1987 quand est sorti le livre de Faria.
 >>
 >>ai pas lu
 >
 > Moi non plus. C'est un ouvrage qui a fait grand bruit, au point de
 paraître rapidement en poche, sur le passé politique de Heidegger.

pourquoi en parles-tu si tu ne l'as lu ?

Parce qu'à l'époque, on en a parlé jusque dans la presse quotidienne
régionale. (Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne
peuvent pas connaître.)
:)

 > Justement. Je ne vois pas pourquoi on ferait l'impasse sur les
 engagement politiques d'un philosophe, d'une part, et, d'autre part,
 pourquoi ce serait sinon une raison de l'ignorer.

ne les faisons pas. Platon est un nazi pourquoi pas... Il n'y a pas à
mettre des croix gammées plus que des étoiles jaunes ou triangles roses
sur quiconque, rien n'est humain dans la classification, quelle qu'elle
soit.

Je ne déconne pas. Je ne vois pas pourquoi on ne tiendrait pas compte
chez Platon, non pas de son engagement dans le parti Nazi bien sûr,
mais auprès du tyran de Syracuse.
Je ne prétends pas coller des étiquettes, mais je crois que
l'engagement et l'action ne sont pas à distinguer de la pensée,
surtout quand des auteurs les mettent ensemble. Ce ne sont pas des
étiquettes, c'est contenu plutôt dans le même emballage.

Le fait de savoir que Heidegger était nazi ne concerne que ceux qui
connaissent son nom, et, plus rares encore : ceux qui l'ont et lu et
entendu (au sens de "compris").

Ils sont tellement peu nombreux qu'il semble presque inutile de leur
enseigner la vie privée de ce philosophe, qu'ils connaissent par ailleurs.

Là je ne suis pas d'accord. Il compte parmi les philosophe les plus
mondialement connus du XXe siècle. Lu, il l'est au moins à doses
oméopathiques à travers de perpétuelles citations, quant à le
comprendre... je suppose que ceux qui le citent ne sont pas
complètement idiots. Or, il est tout particulièrement cité à propos
d'art et de culture. Comme dans l'article en question d'ailleurs, et
justement quant il est question de l'opposer à la technique ou à la
science.

Il serait alors tentant d'en profiter: Voyez, vous appelez à l'aide
un philosophe nazi. C'est en gros ce que tu me reproches, et c'est
aussi par la force des choses ce que "j'insinue". Oui, mais comment
pourrais-je ne pas le faire?

La question est alors plutôt: Pourquoi un philosophe nazi a-t-il une
telle importance, et pourquoi l'appelle-t-on perpétuellement à la
rescousse pour défendre une certaine chasse gardée de l'art et de la
culture? Parce qu'il le fait le mieux? Et pourquoi lui, justement?
C'est d'autant plus curieux que ce ne sont pas, loin de là, les plus
droitiers qui y font appel, j'oserais presque dire: au contraire.
Pour autant, ce n'est pas la question que je pose, même pas que
j'insinue. c'est disons, une question qui se pose toute seule.

Pour ma part, si l'on conclut seulement qu'il ne faut plus lire
Heidegger, ou au moins ne plus le citer parce qu'il était nazi, je
trouverais cela bion dômmage. Surtout si c'est pour dire malgré tout
les mêmes choses.

Donc pour dire quoi? En caricaturant à peine, pour dire que la
métaphysique et l'art n'on rien à faire avec les mains dans le
cambouis et les comptes bancaires.
Eh bien c'est ce qui serait à remettre en cause: les mains dans le
cambouis ont à voir avec la connaissance, l'intelligence et la
création de la beauté, elles lui sont même nécessaire, mais bien peu
de rapport avec les comptes banquaires, si ce n'est à se faire
racketter.

<aparté>
 >>> Comme si toutes les grandes civilisation n'avaient pas connu leurs
 >>>  humanismes, leurs Lumières, leur libre-pensée.

c'est certes possible, mais les termes que tu emploies sont des termes
occidentaux forcément anachroniques ou inapproprés quand on cherche à les
appliquer à d'autres civilisations que celle qui nous précède en Europe.

Les langues se traduisent, et il y a longtemps que le monde est mondial. :)
</aparté>

 > C'est pourquoi je trouve "pas con" ce que j'ai lu sur le blog. Ce
 sont de vraies questions. Pour autant je ne suis pas d'accord avec
 tout ce qui est dit.

exprime-toi donc sur ces questions, plutôt que sur ce sombre penseur
d'outre Forêt Noire (FN) ;=)

C'est que la question est la même:

La différence ( selon moi ) se situe au niveau de la praxis :
contrairement à un logiciel, une ?uvre d'art n'est pas un ensemble de
fonctionnalités assemblées pour rendre un service universel : le
 service
qu'elle rend ( si service il y a ) est totalement subjectif, et donc,
difficile, voire impossible à apréhender. faudrait quand même pas
 penser
que le but de l'art est utilitaire, hein?

  Il faudrait d'abord définir l'art, ce qui serait une entreprise fort
  hasardeuse et somme toute inutile en ce qui nous concerne, puisque le
  droit l'ignore.
  De toute façon un programme peut être une oeuvre
  d'art. Le netart, l'art numérique se développe de plus en plus.
  La bonne question serait plutôt de savoir jusqu'à quel point un
  programme (tout programme) est une "oeuvre de l'esprit", et pourquoi
  on le reconnait comme tel. Pourquoi lui applique-t-on sans
 distinction un copyright et non pas un simple brevet industriel dans
  certains cas? A l'évidence parce qu'il est copiable comme une oeuvre
  de l'esprit, mais est-ce suffisant?
  Le problème c'est que le copyright ignore l'auteur au profit de la
  reproduction. Tout ce qui peut passer d'un support matériel à un
  autre serait "spirituel". Drôle de spirtualisme! Pour moi, s'il y a
  esprit, c'est qu'il y a quelqu'un: Mind = somebody (some body).
 Pour les mêmes raisons, je ne vois pas pourquoi toutes les
  productions de l'industrie du spectacle sont elles aussi protégées
  par le droit d'auteur.
  Tiens, revenons à Heidegger. "La science ne pense pas" dit-il. La
  science, je ne sais pas, la philosophie non plus, mais le
 scientifique, le philosophe, et TOUTE PERSONNE (everybody - every
  body) qui manipule des signes, oui.

  De tout façon, art ou pas, ce qui caractérise une oeuvre de l'esprit
  (terme, je le répète, bien désuet), c'est la capacité pour chacun
  (chaque un) d'aller aussi loin que possible dans un dispositif de
  signes, lui permettant de les réitérer ou les réinterpréter comme bon
  lui semble.

 ok mais pas de la même façon. La science vise à l'effort, l'art vise
 l'effet. il y a pensée dans les deux cas, mais avant tout il y a une
 praxis qui est différente. un net artiste ne se sert pas du langage de
 programmation de la même façon qu'un ingénieur :

 En quoi?
 Ou serait la différence?

 simple : le but est différent, et donc, et comme harmonieusement en
 parallèle, la pratique l'est elle aussi. Ce qui peut se rejoindre dans ces
 deux domaines, c'est leur difficulté pratique (habileté, sqimiesquerie)
 assez comparable sans être relative.
 Mais la difficulté n'est pas le seul critère d'appréciation des créations
 de l'esprit, non.
 L'utilité est étrangère à l'art. Nous bénéficions des bienfaits de la
 science, no?

Non, on ne va pas distinguer l'art et la science parce que l'une
serait utilitaire et l'autre pas. L'utilité n'est en rien un critère
de scientificité, et l'inutilité moins encore un critère d'art.
Et ce sont ces types de raisonnements qui sont dangereux. Car c'est
en effet ce critère que tend à imposer le marché: les scientifiques
bossent pour (au service de) la production industrielle, les
artistes, pour l'entertainement.

C'est bien ce que M Quaremme me paraissait sentir:

 J'exËcre Heidegger et sa doctrine nihiliste.
 En Ècrivant cela, je me rend compte (un peu intuitivement) que le
 pseudo-nÈo-libÈralisme dans lequel nous vivons est vraiment nihiliste

La science vous exploite en vous faisant boser, et l'art vous vend
vos loisirs, en quelque sorte, c'est la conception libérale des
oeuvres de l'esprit.

Eh bien Heidegger est le plus habile rhéteur pour vous amener à
défendre cela en partant pour le combattre. De ce point de vue, tu
m'excuseras, il m'intéresse.

 Et même si l'on parle d'oeuvre littéraires, comment pourrions-nous
 définir une façon d'utiliser la langue qui lui correspondrait par
 opposition à une autre?
 A moins de me dire qu'il y aurait des formes d'écriture convenues
 pour des genres: roman, poème, etc, et de l'autre côté, les genres
 articles, thèses, etc.

 Dans ce cas, nous définirions l'art par des caractères bien trop formels.
 :)

Je persiste et signe:
Heidegger marché mondial, même combat!
:-D

j-p
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Jean-Pierre Depétris
<http://jdepetris.free.fr>