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Re: Artiste: profession ou hobbie?



  a écrit :


       Voici la définition de l'art du petit larousse:

"ART: Expression désintéressée et idéale du beau; ensemble des activités humaine créatrices qui traduisent cette expression."

Oui certes, mais n'oublie pas que le dictionnaire n'est rien d'autre que le compte rendu tardif des usages moyens d'une langue par une société. Si tu prends le TLF (trésor de la langue française, le dictionnaire de référence du CNRS), la définition de l'art prend plusieurs pages et ne s'appuie pas sur la notion de beau (http://atilf.inalf.fr/Dendien/scripts/tlfiv5/visusel.exe?12;s=4278200790;r=1;nat=;sol=1;). Mais la réflexion sur le rôle social de l'art, ou sur ses effets, ou sur sa nature, ce n'est pas dans le dictionnaire qu'on peut la saisir, mais plus précisément dans le champ de l'esthétique et de l'histoire de l'art. La question du beau dans l'art n'est plus posée comme un préalable à la réflexion sur l'art depuis bien longtemps : le beau en soi, ça ne signifie rien. Car la signification ne peut exister sans la mise en relation (c'est le principe fondateur de tout signe), ce qui implique, logiquement, que le beau (ou le laid, ou n'importe quoi de perceptible), pour être signifié, a besoin au minimum de mettre en relation un objet, une représentation de cet objet (qu'il soit abstrait ou concret ne change rien à l'affaire) et une pensée interprétante (disons un spectateur pour faire simple). Sinon il n'y a rien, et il ne se passe rien, au sens propre. Et cette nécessité de l'existence d'une relation entre 3 termes n'a rien à voir, dans la réflexion sur l'art, avec le désir de plaire (ou de déplaire), ni avec le fait d'appliquer des recettes : tout simplement, il n'existe aucun art, ni aucune signification *en soi*.

[...] Comme il est certain que nous avons tous un idéal du beau différent,

Ben oui : le beau en soi n'a aucun sens, n'existe pas, c'est ce que je disais plus haut. Donc, il ne peut servir à rien dans un raisonnement. Il n'est utile que si on s'intéresse aux représentations sociales de ce qu'est l'art : pour certains, l'art serait ce qui est beau. Mais au plan du raisonnement logique et de la signification, ça ne fontionne pas.

une oeuvre aboutie se rapproche forcément plus de l'idéal du beau de son créateur que de toute autre. Appliquer une recette qui qui va faire délirer tout le monde un peu est un exercice difficile et peu plaisant, c'est un boulot plus que de l'art... Délirer à fond en oubliant le public c'est joussif, et le public qui fera l'effort de ressentir le délire de l'artiste partira tellement loin que l'idéal du beau de l'artiste deviendra le sien, c'est ainsi que l'art évolue.

Mouais... disons que cette conception de l'art exclue la quasi totalité de l'histoire de l'art : de tout temps, l'art a été l'objet d'un mécenat et de commandes institutionnelles. Tout ce que nos musées renferment, en tout cas du moyen âge à la période contemporaine, montre que les oeuvres ont toujours été commandées, parfois avec des critères très précis liés aux goûts du public (tu peux lire "L'oeil du quattrocento" de Baxendall à ce sujet). L'inscription de l'art dans un marché est loin d'être récente, et on désigne souvent Rembrandt comme l'un des premiers à avoir constitué un marché, au sens moderne, autour de ses créations. Pour autant, on ne dit pas que tout ce que nos musées présentent, de l'antiquité égyptienne à l'art contemporain, serait à jeter sous prétexte que les artistes dépendaient du goût du public pour leurs choix picturaux. La conception de l'artiste comme un sujet "libre" exprimant son individualité au mépris des goûts de la "masse" est assez récente, et elle est tout aussi socialement construite que celle de l'artiste au service de l'Etat, de la religion, ou du marché. Ce qui compte, c'est de comprendre comment, à certaines époques, certains objets sont qualifiés "d'art" et comment leurs auteurs sont désignés comme des "artistes". Le reste, à mon avis, n'a aucun intérêt à moins de se contenter du "j'aime - j'aime pas" qui pollue la totalité des discussions auxquelles se ramènent les échanges sur l'art quand ils prennent appui sur la notion de "beau".

Pour autant, quand je crée un mix, je te rassure : je ne fais aucune concession à aucune conception de ce que j'imagine être le goût de mon public ou les critères du marché. Mais quand je crée des trucs, je ne suis plus en situation de raisonner sur l'art : je fabrique des objets musicaux, point barre. Et en parler n'a alors aucun intérêt. En revanche, quand je discute de création, je ne fais rien à part raisonner : et le raisonnement a des exigeances que la création n'a pas. Du moins, ces exigeances sont d'un autre ordre que celles de la création. Ce que je considère comme "beau" quand je crée, je me refuse à l'exploiter pour réfléchir sur la création quand je suis en position de réflexion. C'est pas toujours facile, mais si on veut sortir du "j'aime - j'aime pas" qui, à mon avis, n'apporte rien à la discussion, on doit faire cet effort.

Si ça peut te convaincre que ce type de raisonnement ne constitue pas un relativisme commercial, tu peux aller écouter mes schmurtz à boulons sur mon site : à mon avis, tu verras vite que je n'ai pas cherché à séduire grand monde ni à cibler un segment du marché...

... ceci dit, à ce stade, je ne vois plus très bien la relation avec le Copyleft... quoique...

+A+

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