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- From: Philippe-Charles Nestel < >
- Date: Mon, 08 Jan 2001 12:16:26 +0100
Wolfgang Sourdeau wrote: > >>>>> In article < >, Marc Lavallée < > writes: > > Maintenant, travailler avec un format breveté ou dont les > spécifications ne sont pas publiques peut se concevoir dans l'unique > cadre de la liberté dans l'Art, mais pas dans le cadre d'un monde libre en > général (qui comprend l'informatique, l'art, la cuisine, le sexe, la > poterie, le football, la bière, la contestation, ...). Toute forme de > savoir doit pouvoir être transmise et utilisée librement. Transférer > une oeuvre d'art dans un format propriétaire oblige le récipiendaire à > sacrifier une partie de sa liberté. Qu'il y voit un intérêt ou non > n'est pas important. Ce qui compte, c'est qu'il l'ait cette liberté. Par delà la philosophie du libre dont beaucoup "d'artistes" se contrefichent, il y va en premier lieu leur propre survie numérique. En effet, Internet n'ouvre les vannes de la diffusion mondiale qu'à ceux qui veulent diffuser. Là deux logiques s'affrontent : - la logique monopolistique des grandes multinationales - la logique du libre. Entre les deux : les petits boutiquiers de l'exception culturelle, les J.H.Roger qui signent des pétitions contre l'AGCS avec Pierre Bourdieu adressée au président de l'Unesco, qui montent en tête du combat contre l'AMI mais qui, dans le même temps, écrivent des rebonds dans Libération afin de taxer les galettes de cédérom vierges - ce qui, quelques années plus tard est réalisé aujourd'hui -, afin prétendaient-ils - de financer l'industrie française du cinéma. Nous n'avons que faire de ces petits propriétaires là qui construisent des lignes Maginot contre le rouleau compresseur de "l'impérialisme américain". L'histoire est là pour nous rappeler qu'après la ligne Maginot arrive la débâcle, puis après la débâcle, la collaboration. Les "artistes" devront choisir entre la mendicité de subventions ou leur prolétarisation dans l'industrie multimedia de la vente de produits dérivés de services culturels liés au e-commerce ou à l'e-learning. Ils devront comprendre que le fameux "droit d'auteur" auquel ils tentent de se raccrocher est non seulement bafoué par les brevets mais surtout celui-ci n'a jamais eu pour finalité de protéger le contenu d'une oeuvre mais sa forme. Or, il se trouve que dans le numérique cette "forme" revêt deux aspects : - la forme de l'oeuvre en tant que telle (son agencement, sa composition, etc...) - mais également le format du fichier dans lequel elle est générée. De ce fait, l'ayant-droit n'est pas seulement l'auteur d'une oeuvre mais également le propriétaire du format de fichiers. Les "artistes" devront comprendre ou disparaître du cyberspace dans leur singularité s'ils ne comprennent pas que la réponse à la sempiternelle question "comment je bouffe ?" dépend, dans une économie numérique mondialisée, d'un marché qu'ils doivent eux-mêmes créer. Or, le format des fichiers, leur interopérabilité en termes techniques et juridiques, est l'une des conditions de réalisation de ce marché. Ce qui me donne envie de vômir avec les Mpeg3 c'est de ne rencontrer que des amis d'antant qui étaient prometteurs avant d'être avalés par l'idéologie .com rêvant tous de mettre en place un portail d'oeuvres qu'ils pourraient diffuser tout en cherchant à les protéger contre la copie, afin de rétribuer - disent-ils - les artistes. Pourquoi ne comprennent-ils pas que face aux grandes puissances financières qui seules, auront les moyens de financer ces grands portails propriétaires, ils n'ont aucune chance ? Pourquoi ne comprennent-ils pas que seule l'interopérabilité juridique de leur composition leur permettra réellement de diffuser, justement par le droit de copie ? Ce qu'ils veulent recréer en réalité sur Internet, c'est le Minitel, mais un minitel multimerdia. Seuls ceux qui auront compris que leur survie dépend de l'adapation au media - the medium is the message disait à juste titre Mac Luhan - sauront pérenniser leur oeuvre dans le cyberspace et donc créer le marché nécessaire à la circulation de monnaie nécessaire à leur survie économique. Cela doit passer par une prise de conscience sur le format des fichiers. Je ne dis pas que les tous les créateurs de son, d'images numériques doivent impérativement passer du jour au lendemain à des formats libres, je dis que l'essentiel est de ne pas occulter cette problématique, de savoir où l'on fout les pieds. Prétendre faire de l'art numérique libre sur du format propriétaire cela s'appelle de l'esclavage intellectuel. Charlie >
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