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Lu sur le site de l'hebdo Lyon Capitale (eh oui, depuis la Lorraine je tente de me tenir à jour...) http://www.lyoncapitale.fr Je vous envoie le texte de l'article plutôt que la seule adresse, car demain dans la journée la nouvelle édition devrait remplacer celle-ci. J'espère que j'ai le droit de faire ça. N° 271 - mercredi 26 avril 2000 Faudra-t-il payer pour emprunter des livres en bibliothèque, comme le réclament certains auteurs et éditeurs ? Depuis plusieurs mois, le débat sur le prêt payant fait rage dans le monde du livre et révèle une profonde incertitude face à l'avenir du livre, et l'apparition des nouvelles technologies. Bibliothèques : êtes-vous prêts à payer ? Les écrivains se rebellent. 288 auteurs, dont Azouz Begag, Charles Juliet, Thierry Jonquet ou André Comte-Sponville revendiquent leur droit exclusif d'autoriser ou d'interdire la location ou le prêt des livres dont ils sont les auteurs, droit inscrit dans la loi française et réaffirmé dans une directive européenne. Jusqu'alors, aucun auteur n'avait cherché à faire appliquer ce droit dans un pays où la gratuité de la lecture publique est considérée comme un acquis. Mais devant la multiplication des actes de prêt en bibliothèque et la crise générale que traverse le livre, certains demandent désormais que le prêt de leurs oeuvres soit rétribué. Maillon le plus fragile de la chaîne du livre, les auteurs sont en effet dans une situation de plus en plus précaire. En France, seuls une trentaine d'auteurs vivent confortablement de leurs écrits et huit cents en tirent 50 % de leurs revenus (lire exemples ci-contre). Le vrai problème est celui de la reconnaissance d'un travail intellectuel, estime Georges Péju, libraire à la Proue. C'est dans ce contexte qu'est née la pétition conjointe de la Société des gens de lettres, le Syndicat national de l'édition et la Société française des intérêts des auteurs de l'écrit. Cette pétition réclame que le ministre de la Culture statue sur le droit des auteurs et leur rémunération, et porte sur la place publique le débat sur le prêt payant, qui divise les professionnels depuis plus de huit ans (lire réactions p. 22). La concurrence déloyale des bibliothèques ? La crise se cristallise sur quelques chiffres frappants. De 1980 à 1998, le nombre d'ouvrages empruntés en bibliothèque est passé de 59,3 millions à 145,8 millions. À la seule Bibliothèque municipale de Lyon, à la Part-Dieu, la progression des prêts de livres est de 16 % pour l'année 1999 ! Dans le même temps, les ventes de livres stagnent à 300 millions d'unités chaque année, soit à peine le double des titres empruntés. Pour certains éditeurs et libraires, c'est la preuve d'une concurrence déloyale, d'un manque à gagner. La corrélation est invérifiable bien que douteuse : en assurant la promotion des livres, les bibliothèques favorisent la circulation de l'écrit, et, à terme, encouragent certainement le réflexe d'achat. Plutôt que d'empiéter sur les plates-bandes des libraires, les bibliothécaires font un travail complémentaire. On sait très bien que chaque livre emprunté n'est pas lu in extenso mais zappé. Les bibliothèques répondent mieux à ce mode de lecture nouveau, estime Patrick Bazin, directeur de la Bibliothèque municipale de Lyon, pour qui tous les opérateurs du livre se tiennent par la barbichette. Avec des budgets d'acquisition de 4 MF (BM de Lyon) ou de 2 MF par an (Maison du livre, de l'image et du son de Villeurbanne), les bibliothèques constituent en effet un acteur économique majeur, sans parler de leur rôle essentiel dans la démocratisation de l'accès à la culture et à la connaissance. Qui doit payer ? Faudra-t-il se résoudre à tarifer cet accès au savoir ? Alors que beaucoup d'acteurs du livre, dont la majorité des bibliothécaires, très attachés à la notion de service public et au principe de gratuité, sont opposés au prêt payant, d'autres, encouragés par la loi, commencent à avancer leur tarif. Jérôme Lindon des éditions de Minuit propose carrément un prix prohibitif de 5 F par emprunt. Les bibliothécaires qui, dans les faits, font déjà payer des droits d'inscription dans 80 % des lieux, en ont des sueurs froides, et redoutent que soit cassé le formidable élan de la lecture publique en France. La crainte gagne les auteurs eux-mêmes. Aujourd'hui, Charles Juliet (lire ci-contre) ou Régine Desforges regrettent d'avoir signé la pétition à la légère et tout le monde ou presque reconnaît l'absurdité de faire payer les lecteurs au nombre de livre empruntés. Les gros dévoreurs de bouquins, espèce déjà menacée, seraient pénalisés et les lecteurs cantonnés dans une lecture utilitaire, prescrite, qui ne prend pas le risque de la découverte. Alors, faut-il demander aux bibliothèques, à l'État ou aux collectivités de s'acquitter à la place du lecteur du prix du prêt ? Cela paraît difficile dans un contexte de restriction budgétaire. Sauf à avoir une subvention supplémentaire, nous serions contraints de diminuer notre budget d'acquisition. Concrètement, cela peut vouloir dire acheter 400 000 F de livres en moins à Villeurbanne, estime André Béraud, directeur de la MLIS. C'est autant d'argent qui échappe aux acteurs du livre ; le serpent se mordrait la queue ! Plus raisonnable, le rapport Borzeix, commandé par le gouvernement en 1997, préconise le paiement d'une somme forfaitaire de 10 à 20 francs de droit de prêt par an, à charge de l'usager de plus 18 ans. Une proposition non ségrégative, qui aurait le mérite d'impliquer les usagers/citoyens dans le refus du déclin de l'écrit dans notre société, estime Jean-Marie Borzeix. Pour l'instant crispée sur le prêt en bibliothèque, la question du droit d'auteur n'est pas résolue pour autant. Le dossier, qui ne devrait pas être tranché avant les prochaines municipales de 2001, révèle un malaise bien plus profond lié à la diversification des moyens de diffusion des oeuvres sans que les auteurs n'aient de contrôle. Le photocopillage, bien plus pénalisant que le prêt en bibliothèque, fut la première crise. Aujourd'hui, Internet et la diffusion électronique se développent et les auteurs continuent à écrire sans savoir à quels lecteurs se vouer. Un chantier immense s'ouvre à l'ensemble des acteurs du livre, qui devront se départir de leurs réflexes vieillots et faire preuve d'imagination pour sortir de la crise. C. B. et A.-C. J. Le rapport Borzeix est consultable sur le site internet du ministère de la Culture : http://www.culture.gouv.fr